Les chroniques d’une écrivain en herbe #3

 

machine a écrire:

J’ai curieusement envie de nuancer mon propos par rapport à mes dernières chroniques où je vantais les louanges de faire lire ses écrits à ses proches. En effet, certains pourraient aisément penser que je me suis pris un coup sur le nez et que c’est pour cela que je me replie, que je me rétracte aux regards d’un entourage qui est trop proche de moi pour comprendre ce que j’écris.

Je contraste aujourd’hui mon avis par rapport à une seule et unique mesure qui différencie ma famille du reste du monde, la distanciation. Ma famille n’est pas objective, dans la mauvaise comme dans la bonne critique.

Tandis que certains s’évertuent à ne pas vouloir me blesser, d’autres s’extasient un peu trop fort pour que ça paraisse réel et enfin une dernière catégorie me tranche en mille morceaux des heures de boulots. Quel constat faire ? Quoi penser ? Est-ce qu’un seul de ses avis est-il donc réellement bon à prendre ? A prendre pour argent comptant sachant la subjectivité de la critique de chacun ?

A présent, je n’ai plus envie de faire lire les nouvelles que j’écris à mon entourage. Proche du moins. Ce n’est peut-être qu’éphémère, mais je me rends compte à quel point cela pouvait m’être plus bénéfique de participer à des ateliers d’écritures et de lire devant tout le monde à des inconnus des petits textes sur l’instant. C’était l’exercice du style à l’état pur. J’étais en face de tout ce petit monde qui ne me devait rien. Qui ne me connaissait pas. Qui n’était pas obligé de dire oui à tout et d’être un peu trop agressif dans la critique non plus. Qui ne se focalisait pas sur les fautes d’orthographes que je fais ou que je ne fais pas. (oui oui, quand mon Père lit ce que je fais il ne me parle exclusivement que du fait que j’ai fait une petite faute à la dernière page et que c’est dommage car sinon il n’y en avait pas. Aucune remarque sur le fond. A moins que je ne lui tire les vers du nez pour m’entendre dire qu’il n’a rien compris, que ça l’a pas captivé, que ça partait dans tous les sens selon lui. Gloups. J’ai plus qu’à creuser un trou et m’y enterrer. Peut-être qu’un peu plus de tact n’aurait pas été de trop là pour le coup…)

Je me rends compte que faire lire à mon entourage ne m’apporte rien de plus si ce n’est de l’angoisse. Car généralement, ça ne plaît pas. Ce que je fais, ce que je deviens ne leur plaît pas. Ils ne comprennent pas mon style, ma façon d’écrire. Je le lis dans leurs yeux. Ils sont toujours bloqués à la première nouvelle que j’ai écrie quand j’avais 14 ans et qui ne tenait absolument pas debout. Depuis j’ai l’impression d’avoir fait un énorme chemin, fait bouger mes acquis et surtout affiné considérablement mon style. Les voir se focaliser sur un écrit qui ne me correspond plus me blesse. Faut pas se voiler la face de trop. Forcément que je suis atteinte par tout ce qu’ils me disent et ça grignote petit à petit toute la confiance que je pouvais vouer en mes écrits, que j’avais si difficilement acquise aux travers des ateliers au lycée, puis de mes années sur la blogosphère où je recueillais les avis de vous toutes. C’est de cet exercice là dont je suis ressortie plus forte, plus confiante, pas des regards tranchant qui font mal, qui ne me supportent pas dans mes rêves et cassent mes espoirs.

Alors pour mon propre bien, j’ai décidé de garder à nouveau pour moi mes écrits, d’en partager aussi ici de temps à autres. Maintenant que je suis en vacances, j’espère bien avoir plus le temps d’être présente et de vous lire !

Je fais ce qui est bon pour moi, ce qui me semble légitime et je ne laisserai jamais personne, pas même mes parents m’enlever ce qui m’a construite. L’écriture c’est tout un pan de ma vie. Sans l’écriture je ne sais pas m’exprimer correctement.

L’écriture est mon exutoire, ma meilleure amie, la douce caresse qui m’aide à coucher mes idées sur le papier et rend ma vie plus saine et apaisée.

Et vous, qu’en pensez-vous, faire lire ses écrits à son entourage, bonne idée ou pas ? Retour d’expériences ?

Juju

and the quips of voices and specks in leaves and fluff in blankets and each little nothing that becomes a cacophony of everything #writingquotes http://quotags.net/ppost/550354016945272137/:

 

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5 commentaires sur “Les chroniques d’une écrivain en herbe #3

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  1. Comme toi je suis partagée. D’un côté j’ai les personnes qui aiment tout ce que je fais (peu constructif) et d’un autre celles qui n’y voient aucun intérêt, qui me disent que je ne suis pas la future Simone de Beauvoir.
    Au milieu il y a ma mère, grande lectrice, qui me guide et sait me dire quand c’est bien, ce qu’il faut retravailler, et quand ça ne tient pas la route.
    Je sais désormais à qui donner mes textes à lire et à qui ne pas les donner. Ca m’évite des déconvenues.
    Pour l’atelier d’écriture, je confirme c’est beaucoup mieux et ça permet aussi de prendre confiance en soi et en son travail.
    Hâte de te relire plus souvent Juliette.

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    1. Oui, je vois totalement ce que tu veux dire par là. J’ai pensé pendant un temps que comme je le faisais lire à ma sœur, puis à ma mère, il fallait aussi que je le fasse lire à tout le monde. Une petite voix dans ma tête me disait quand même bien que ce n’était pas forcément une super idée car tout le monde dans ma famille n’est pas à même de me comprendre et d’aimer ne serait-ce que lire le genre dans lequel j’écris.

      C’est déjà top que tu ais ta Maman qui te donne des avis constructifs et t’encourage vraiment à continuer, heureusement que j’ai ma sœur pour remplir ce rôle là à mes côtés. Le problème c’est que nos écrits ne resteront que peu de choses si on ne les soumets pas aux regards des autres. Je songe un jour à entamer tout comme toi une procédure d’édition ou d’auto-édition qui me permettrai de faire lire ce que j’écris à des personnes qui ne me connaissent pas du tout pour avoir un réel retour objectif. Ce n’est pas encore à l’ordre du jour car pour l’instant j’aurais besoin de me sentir plus soutenue par les gens que j’aime ou peut-être simplement retrouver d’une façon ou d’une autre une confiance qui n’était que trop fragile et qui s’est un peu ébréchée au fil des réactions et des déconvenues comme tu le dis si bien.

      Hâte aussi de trouver plus de temps pour te lire comme je le fais dès que je le peux, et d’écrire par ici aussi, plein de bisous à toi et à ton petit garçon.

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  2. Personne n’est objectif. Le mieux que l’on puisse avoir c’est l’honnêteté intellectuelle et l’objectivation, mais l’objectivité, elle, est impossible, parce que l’on traîne tous des préférences, un bagage… surtout quand on parle de quelque chose d’aussi intime que l’écriture ou l’art en général, qui suppose de se livrer (même quand, comme moi, on écrit de la fantasy). Soit ça raisonne chez les autres, soit non. D’ailleurs sur le forum Jeunes Écrivains quelqu’un a fait l’autre jour une remarque que j’ai trouvé, en plus d’être pertinente, extrêmement intéressante : pour bien critiquer une oeuvre il faut connaître la volonté de l’auteur, ce qu’il en attend, etc., pour lui apporter des commentaires et des conseils appropriés.

    Ceci dit je crois que j’avais commenté ton premier article sur le fait de faire lire à ses proches et pour moi c’est toujours non. Je ne peux pas me livrer à des personnes qui me connaissent, je déteste trop être vulnérable pour faire une chose pareille, quelle drôle d’idée… L’une des premières fois qu’on m’a demandé si on pouvait lire, je devais avoir moins de 10 ans je pense, et j’ai dit « quand je serai publiée ». Je crois que… ça veut dire que mes proches n’ont pas à être mis au-dessus des autres : ce sont des lecteurs comme les autres et ils auront dans les mains ce que n’importe qui a dans les mains. D’ailleurs plus je pense à l’éventualité de pouvoir être publiée un jour plus je pense à utiliser un pseudo et surtout à ne rien dire à personne… Je pense que c’est parce que pour moi l’écriture n’est pas juste un exutoire, c’est un peu plus peut-être, un peu plus intime, c’est un processus de compréhension de moi à moi et seulement de moi à moi… Mes bêta-lecteurs sont des personnes rencontrées sur internet, que je n’ai jamais vues, je pense que ça dit beaucoup de mon rapport à la lecture des autres. Et je te parlais du forum Jeunes Écrivains : je n’ai rien publié dessus, j’ère dans la partie de l’écritoire et réponds aux demandes de conseils des autres, mais je ne publie pas mes textes, pas à autant de monde à la fois, pas à des gens que je n’ai pas moi-même sélectionnés…

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    1. Oui tu as raison sur le fait que l’objectivité parfaite est totalement impossible, ce n’est d’ailleurs pas ce que je souhaite véhiculer au travers de cet article. J’axe essentiellement mon propos autour de la distanciation et du jugement qui varie considérablement en fonction du degré selon lequel la personne nous connaît et nous perçoit. Donc évidemment, lorsqu’il s’agit d’un membre proche, la distanciation qu’il prend face à nos écrits peut être très réduite voire nulle au point de trouver la lecture désagréable. C’est un sentiment que je n’avais jamais ressenti lorsque je me rendais aux ateliers d’écritures par exemple et que des inconnus rencontraient mes écrits, ni même avec de nombreuses personnes de ma famille, tout dépends des personnalités et de l’ouverture de chacun et de leurs intérêts aussi.

      Je comprends que tu ne veuilles pas partager tes écrits tant que tu n’es pas publié, c’est une peur supplémentaire, un cap à passer que d’assumer cette part de nous, quand notre écriture est le reflet de nos pensées, de notre âme, on n’a pas forcément envie de livrer ce que l’on pense être la plus intime partie de nous. Cependant ne crois-tu pas que c’est dommage d’adopter une position aussi dure et définitive ? Etre publié sous un pseudo pour que personne ne sache que c’es toi qui en est l’auteur même si un jour ton succès prend de l’ampleur? Ca revient à te cacher du regard des autres, si pour toi l’écriture est un processus de compréhension qui passe uniquement de toi à toi alors pourquoi dans ce cas avoir besoin de lecteurs et ne pas se contenter d’épancher ses doutes et ses questionnements dans un journal intime ? C’est assez paradoxal, même si je pense comprendre ton point de vue aussi, j’espère simplement que ce n’est pas parce que tu as peur de montrer ce que tu fais et que ça ne plaise pas que tu est aussi radicale sur cette idée là. Ou que ton vrai nom soit associé à tes mots. Des mots dont tu peux assurément être fière au vu de leur pertinence et de tes qualités rédactionnelles indéniables !

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      1. Oui, évidemment, la distanciation est moindre proportionnellement aux liens qu’on entretient avec les personnes !

        C’est une bonne question… j’imagine que s’incruste là-dedans le besoin de reconnaissance (confirmé par le fait que je ne pourrais pas m’auto-publier, il me faut un éditeur qui croie en moi (même si les éditeurs font aussi des choix commerciaux, on est bien d’accord)). Je ne crois pas que ça soit me cacher… ou alors c’est me cacher en montrant, comme les Vénus allongées de la Renaissance qui, cachant leur sexe de leur main, font que l’on ne voit que ça… C’est de moi à moi mais en même temps ce n’est pas de l’intime, ce n’est pas un journal, ce n’est pas mon histoire (bien pauvre, il faut bien le dire, si j’écrivais une biographie elle tomberait des mains ! xD). Parce qu’en fait il ne s’agit pas d’un journal intime, je suis incapable d’en écrire, de parler de moi de manière directe. Il s’agit de réflexions sur la mort, bientôt l’immortalité, la liberté, l’emprisonnement, la force, etc. C’est presque philosophique, j’ai envie de dire, donc ça n’a rien à voir avec un journal intime. D’un côté je voudrais être publiée, mais d’un autre ça ne me gêne pas de ne pas l’être.
        Non, ce n’est pas par peur de ne pas plaire, pas plaire je m’en contre-fous… c’est… difficile à expliquer mais disons que mon pseudo serait aussi une construction « intime », pas un nom pris au hasard pour me cacher (je pense que tous les pseudo sont un peu personnels, comme Céline qui avait pris le nom de sa mère), et du coup il fait partie de processus, parte intégrante, même.
        Haha c’est gentil ! Mais ce que j’écris comme roman est très différent de mon blog !

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